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Le PIB et la croissance

"Produisez plus, consommez plus : Vive la croissance !"

Cette religion de la croissance comme idéal révèle à quel point le système actuel nous a tous conditionnés. Sommes-nous donc condamnés à nous prosterner éternellement devant ce dogme ? Nous réfléchissons comme si notre société n'était qu'une entreprise qui aurait simplement à produire chaque année un plus gros chiffre d'affaires.

Nous confondons tout simplement croissance économique, progrès, et développement humain.

Ce que l'on appelle le "PIB", c'est-à-dire le Produit intérieur Brut, qui mesure la valeur marchande de tous les biens et services vendus en une année, constitue à l'heure actuelle la seule et unique valeur existante pour calculer le niveau de richesse d'une population…

Tout ce qui peut se vendre et qui a une valeur ajoutée monétaire va gonfler le PIB et la croissance, que cela ajoute ou non au bien-être à la collectivité ou à l'individu.
La mesure du PIB est bien sûr indifférente à une quelconque qualité de vie ou au respect de l’environnement.…

Nous pourrions très bien nous retrouver un jour avec un énorme PIB, un très fort taux de croissance et un patrimoine naturel dévasté, un nombre extrêmement élevé d'exclus, une société totalement atomisée, des conditions de travail considérablement dégradées…

A l'inverse, il serait tout aussi stupide de se positionner pour une décroissance qui pourrait à son tour être synonyme de "moins bien être" social.

La question de la croissance (ou de la décroissance) de tel ou tel secteur n'a de sens que si nous avons ensemble redéfini les objectifs réels de notre société. Il est de ce fait grand temps de se poser à nouveau la question de ce que peut être une " bonne société ", une société "riche", en proposant notamment de nouveaux indicateurs.

Une aliénation à la société de consommation

Il est indispensable de rompre avec le schéma selon lequel la consommation est un des critères forts d'identité et de mise en valeur individuelle.

La société n'a pas pour unique finalité de produire des biens et des services. L'homme n'a pas non plus pour finalité de consommer toujours plus pour atteindre la représentation artificielle du monde que lui proposent les publicités et les dispositifs commerciaux...

La consommation s’est ainsi complètement démarquée de sa finalité première, qui est de répondre à un besoin.

La consommation et la satisfaction des besoins


Le système sur lequel est entièrement basé notre société a noyé notre sens de l'acquisition en mélangeant la notion de besoin et de désir.

La logique des besoins était à l’origine une logique naturelle. Mais cette logique s'est étendue à la totalité des désirs humains, des désirs que l’économie actuelle prend en charge, mercantilise, et officialise. Comme si la société devait saisir tout désir, le transformer en besoin, et organiser la production collective pour les satisfaire.

L'homme n'est alors plus appréhendé que comme un producteur/consommateur. D'où les incessantes exhortations à consommer. La consommation est devenue un acte civique.

L'ensemble de la société ne travaille plus que pour un seul but : nourrir ce feu de la consommation.

Vers une autre croissance


Nous devons imaginer une société où il existe un infléchissement de cette course à la consommation, où l'on renonce à cet imaginaire économique, où l'on cesse de croire que "plus" égale "mieux" et où l'on redécouvre une consommation plus proche de nos réels besoins et surtout de nos réels désirs.

Nous ne proposons pas de croissance négative mais plutôt l'abandon de l'objectif insensé de la croissance pour la croissance, de la consommation pour la consommation.

Toute une réflexion sur une consommation de biens relationnels, de services aux personnes, de service à la réparation des biens (plutôt que de produire des biens dont la durée de vie est de plus en plus courte), d'activités culturelles et associatives peut être menée pour redonner une autre définition à la consommation.

Cette nouvelle croissance doit avoir pour seul objectif l’obtention d’une meilleure qualité de vie, et non plus une simple accumulation de biens ne nous apportant qu’une vague représentation du bonheur. Elle sera ainsi non seulement plus respectueuse de l’environnement, mais également en phase avec les véritables besoins des femmes et des hommes.

Cette réflexion est à opérer d’urgence, non seulement dans la politique, mais également dans les mentalités, car les conséquences du système actuel sont lourdes…

En effet, en altérant nos capacités de réflexion, et donc d'initiative, en nous cantonnant au seul et triste rôle de producteurs-consommateur, le système a réussi à prospérer et à légitimer son existence. Mais à quel prix !

 

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