Jean-François Diné... "Utopia"

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Le temps libre
Construire un nouveau rapport au temps

Il y a 100 ans, le nombre d'heures travaillées par personne dans le cours d'une vie correspondait à un peu plus du double du temps de travail moyen actuel par français.

La réduction du temps de travail doit absolument se poursuivre. Le temps libre est un facteur d'épanouissement individuel. Le bien-être humain doit passer par la maîtrise du temps de vie plus que par une course effrénée aux biens matériels.

Des temps libres supplémentaires permettent de développer les temps pour soi et les temps citoyens. Il faut valoriser les activités non productrices de richesses matérielles, mais porteuses de bien-être individuel et de mieux-vivre ensemble. Cela passe par la reconnaissance et la valorisation des associations, de l'éducation populaire et de ses acteurs.

Il faut reconnaître le " temps d'utilité sociale " comme un temps à part entière. Les activités associatives, et notamment l'exercice de mandat exécutif dans une association d'éducation populaire, d'intérêt général ou reconnue d'utilité publique, pourraient compter dans le calcul des droits à la retraite par exemple.

Il faut instaurer un véritable statut du bénévole, en reconnaissant de façon plus volontaire son investissement. Il est nécessaire de créer un statut de l'élu associatif incluant par exemple un droit à la formation sans perte de salaire ou une protection identique à celle d'un élu syndical. De même, le statut des élus politiques doit être repensé.

Le temps libéré ouvre de nombreuses perspectives. Mais si l'on n'y prend pas garde, il peut être un nouveau facteur d'inégalité sociale entre, d'un côté, ceux qui pourraient mettre à profit ce temps libéré et, de l'autre, ceux qui seraient condamnés à le perdre. Le temps libéré ne doit pas être le temps des seules classes dites " privilégiées ".

Au contraire, il doit donner à chacun la chance d'accéder à la culture, aux engagements citoyens, aux loisirs, à l'épanouissement individuel, au sport. Il ne s'agit bien évidemment pas de décréter quel est le bon usage du temps libéré. Chacun doit pouvoir user de son temps comme il l'entend.

 

Envisageons de nouvelles formes de réduction de travail

Nous devons envisager de nouvelles formes de réduction du temps de travail, conçues sur l'ensemble de la vie. Il n'est pas facile aujourd'hui d'interrompre quelques années sa vie professionnelle pour se former ou pour faire autre chose que travailler, et reprendre ensuite une activité.

A côté de l'aménagement de la journée et de la semaine de travail, c'est le déroulement de toute la vie professionnelle qui devrait être repensé pour rendre possible les interruptions, les bifurcations, les cessations progressives d'activités favorables à l'épanouissement personnel.

Ce sont ces chemins que nous proposons d'explorer pour parvenir à de nouvelles modalités de réduction du temps de travail, plus imaginatives, plus porteuses d'avenir.

Pourquoi d'ailleurs ne pas mettre en débat et approfondir la proposition suivante : Fixer un nombre global d'heures de travail à effectuer dans sa vie, en disposant d'une certaine liberté dans la répartition de ces heures.

Avec l'aide d'un crédit-temps, chaque travailleur se verrait par exemple reconnaître le droit de cesser momentanément son activité professionnelle pour mener un projet hors de la sphère du travail.

Plus largement, une conférence annuelle sur les revenus et le temps de travail avec les partenaires sociaux devrait permettre à la société de fixer ses priorités et de déterminer ainsi comment elle entend partager les gains de productivité (entre augmentation des salaires, investissements, diminution du temps de travail).

Cette liberté de choix doit être la même pour tous. Cela suppose des politiques d'accompagnement culturel, d'éducation, de loisirs véritablement volontaristes qui ne soient pas périphériques, mais au cœur de notre projet.

C’est notre conception de la richesse, et la remise en cause du système actuel fondé exclusivement sur l’activité de production qui permet ce projet novateur pour une société non seulement plus respectueuse de l’environnement, mais également plus proche des besoins intrinsèques de l’individu.


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