Jean-François Diné... "Utopia"

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Le travail

Une aliénation à la " valeur " travail

Dans une société qui sacralise la "valeur" travail, il devient très difficile de poser sereinement les termes du débat et la souffrance liée au chômage rend quasiment indécente une telle réflexion.

Evacuons donc d'emblée les malentendus :
Nous pensons que le travail doit être un lien social de qualité et que tout citoyen doit pouvoir y avoir accès : la lutte contre le chômage, dans une perspective de plein emploi, doit donc rester essentielle.

Il nous faut néanmoins accepter de questionner cette valeur, la place qu'elle prend et la logique qu'elle porte.

Le travail dans sa conception actuelle a acquis une place prépondérante dans notre société, au point que certains ont pu dire que nous vivions dans une société fondée sur le travail.

Aujourd'hui, c'est principalement par le travail que vient notre reconnaissance, par lui que nous sommes plus ou moins protégés, par lui encore que nous vivons confortablement (ou non) à la retraite… Il occupe également une grande partie de notre temps et de nos conversations… Bref, il est central.

Et pourtant, nous devons poser la question : le travail est-il le meilleur lien social ? Doit-il être le seul lien social ? Est-il aujourd'hui à sa juste place ? Pour nous, la réponse est clairement non.

L'activité de production rémunérée reste un facteur de production comme un autre au service d'une logique : la recherche de profits pour l'entreprise.

La " ressource humaine " comme on l'appelle, est donc valorisée en fonction du prix du marché… Dans ces conditions, comment imaginer que chaque individu puisse s'épanouir dans son travail ?

On pourrait objecter que certains prennent du plaisir à travailler… C'est exact mais une très grande majorité des salariés n'est pas dans cette situation. Devrions-nous ériger en lien social central une activité qui reste "naturellement" inégalitaire ?
Nous considérons donc le travail comme aliénant et aliénant par nature principalement parce qu'il résulte d'un rapport marchand et qu'il sert un système dont la logique est étrangère à la notion même d'humanité.

Par ailleurs, à partir du moment où l'activité de production fait l'objet d'un commerce, cet achat a pour conséquence la libre disposition de ce qui a été acheté. La subordination inhérente au contrat de travail est donc incompatible avec l'autonomie et l'épanouissement quels que soient les acquis, avantages, droits et pouvoirs du salarié. Le pouvoir reste du côté de l'acheteur.

Nous refusons donc clairement de reconnaître ce que certains appellent la " société du travail " comme un idéal de société. Une telle orientation scellerait notre renoncement à définir un nouveau modèle de société, en rupture avec celle que nous connaissons, marquée par la toute puissance de la sphère économique.

Nous affirmons que l'accès de tous à un emploi dans de bonnes conditions n'est pas incompatible avec une critique de la "valeur" travail comme unique vecteur de droit et de reconnaissance.

Il ne s'agit pas ici de remettre en cause le travail en soi, ou de prôner sa "fin". Ce n'est pas sa "fin" mais sa place qui est en cause.

C'est pourquoi nous militons pour la mise en place d'une société fondée sur une pluralité des modes d'accès à la reconnaissance sociale, seule garante de l'épanouissement de tous.

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